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Alors que le marché s'inquiète du financement de l'IA, Nvidia s'allie à six grands noms de la finance (dont KKR, Blackrock et Goldman Sachs) pour mobiliser plus de 500 milliards de dollars et soutenir ses clients

Aujourd'hui à 11:31
Nvidia met en place des financements

(BFM Bourse) - Le spécialiste des processeurs graphiques a noué un protocole d'accord avec les noms les plus ronflants de la gestion d'actifs pour créer des plateformes de financements censées faciliter les investissements de ses clents.

Depuis un peu plus d'un an, la ruée vers l'or des temps modernes que constitue la course à l'intelligence artificielle (IA) suscite d'importantes questions sur son financement.

Les "hyperscalers" (Alphabet, Oracle, Microsoft, Amazon) dépensent des centaines de milliards de dollars d'investissements dans ces technologies, les fameux "capex". Selon Goldman Sachs, les investissements mondiaux dans l'IA dépasseront 1.000 milliards de dollars en 2026.

Pour trouver les fonds nécessaires à ces dépenses, les grands groupes de tech ont eu recours à divers moyens, notamment la dette par dizaine de milliards de dollars. Mi-septembre 2025, Oracle avait notamment émis 18 milliards de dollars dans le cadre d'une émission obligataire.

À compter de ce moment précis, "le thème de l'IA est devenu un thème systémique", a souligné en décembre Elyas Galou, stratégiste chez Bank of America.

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Des dépenses qui inquiètent

L'IA, auparavant centrée sur les marchés actions, s'est alors propagée à celui dit "du crédit" c'est-à-dire les obligations d'entreprises, expliquait Elyas Galou.

Meta a ensuite levé 30 milliards de dollars en octobre sur le marché obligataire et Amazon 15 milliards de dollars en novembre. Plus récemment, Alphabet a annoncé vouloir émettre entre 20 et 25 milliards de dollars d'obligations.

Selon les données de Reuters, Amazon, Meta, Oracle et Alphabet ont émis pour 194 milliards d'obligations entre le 1er janvier et le 7 juillet dernier, une hausse de 79% sur un an.

Et au-delà de la dette, les mêmes groupes de tech sont aussi passés par les marchés actions.

Alphabet a déjà placé pour 84,75 milliards de dollars d'augmentation de capital pour financer le développement de ses infrastructures d'IA. Oracle compte lever sur son exercice actuel au moins 20 milliards de dollars de capital. Selon de nombreux médias anglo-saxons, Meta préparerait de son côté un appel au marché de plusieurs dizaines de milliards de dollars.

La banque UBS s'attend à ce que les augmentations de capital aux États-Unis atteignent 400 milliards de dollars en 2026, plus du double du précédent record de la fin des années 2000.

Un temps clément sur ces méga-dépenses, les marchés les regardant d'un œil beaucoup plus circonspects.

"Les investisseurs affichent désormais des attentes élevées en matière de retour sur investissement, et le marché ne tolère plus les hausses de capex sans visibilité claire sur leur monétisation", observe Grégoire Kounowski de Norman K. Alphabet et Meta ont récemment été sanctionnés par les investisseurs pour relever leurs prévisions de "capex".

Selon Bloomberg, les CDS (credit default swaps) - des produits dérivés de crédit qui constituent une assurance contre le défaut d'emprunt d'un émetteur – des hyperscalers se sont tendus davantage que l'ensemble du marché. "Sur le marché du crédit, la nervosité se traduit par un écartement des primes de risque sur la dette des hyperscalers", résume Grégoire Kounowski.

Un schéma qui "fausse" la demande?

Si les besoins de financements demeurent donc élevés, les sources ne sont pas intarissables.

C'est dans ce contexte, que Nvidia a décidé de sonner un grand coup pour faciliter le financement de ses clients dans ses produits et infrastructures.

La grande tête d'affiche de la révolution liée à l'IA a annoncé mardi soir avoir noué un protocole d'accord, une étape contraignante avant la finalisation d'un accord, avec six mastodontes de la gestion d'actifs à savoir Blackstone, Apollo, Blackrock, KKR, Brookfield et Goldman Sachs.

Ces partenariats visent à créer des plateformes de financements permettant de mobiliser plus de 500 milliards de dollars collectés auprès de tiers.

Ces montants serviront ensuite à financer les investissements des clients de Nvidia. Le groupe promet ainsi qu'il travaillera avec les six gérants d'actifs "afin de constituer des réserves de capitaux dédiées, d'une ampleur considérable et à des taux attractifs, pour [ses] clients".

Au passage, Nvidia présente la puissance de calcul qu'il offre via ses produits comme "un actif dans lequel investir, un actif qui offre le coût par 'token' (des unités de données dans les modèles d'IA, NDLR) le plus bas, le chiffre d'affaires le plus élevé et la durée de vie la plus longue (…)".

"Nous avons commencé par fabriquer des puces, aujourd’hui, nous contribuons à créer une nouvelle catégorie d’infrastructures productives et susceptibles d’attirer des investissements : les usines d’IA", a déclaré Jensen Huang, fondateur et directeur général de NVIDIA.

Stephen Innes de Spi AM note que cette opération et ces montants restent "très importants même en considérant les standards de l'IA".

"Nvidia joue elle-même un rôle plus important en aidant ses clients à obtenir les capitaux nécessaires à la mise en place d’infrastructures autour de ses puces. Cela permet de maintenir la dynamique de l’écosystème, mais soulève également une nouvelle question concernant le marché", écrit l'expert.

Cette question : "quel sera le coût du déploiement de l’IA à mesure que l’endettement et les financements structurés s’intensifient au sein du système ?", s'interroge-t-il.

Nvidia a passé des contrats de centaines de milliards de dollars avec des groupes de tech, comme SpaceX, Meta, Amazon, Oracle ou encore OpenAI, ses processeurs graphiques (GPU) restant la plus importante dépense dans la construction de centres de données.

Interrogé par Bloomberg, Felix Wang, de Hedgeye Risk Management, reconnaît que l'initiative de Nvidia a pour vertu de rendre ses GPU plus accessibles sans réduire les prix.

"Mais cela rend aussi la demande future plus sensible aux conditions de crédit, à la volatilité du crédit, et soulève pas mal de questions sur ce qu'on considère comme une vraie demande", ajoute-t-il.

Ces annonces n'ont par ailleurs pas eu d'impact réel sur le cours de Bourse de Nvidia. L'action prend 1% en préouverture à Wall Street ce mardi. Le groupe publiera ses prochains résultats trimestriels le 26 août après la clôture des marchés.

Julien Marion - ©2026 BFM Bourse
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